L’économie circulaire constitue un progrès majeur par rapport au modèle industriel linéaire. Extraire une matière, fabriquer un produit, l’utiliser puis l’abandonner est une organisation primitive dès lors que nous savons en préserver une partie de la valeur. Réemploi, rénovation et cyclage permettent de réduire les prélèvements, les pertes et les pollutions.
Mais l’économie circulaire reste souvent construite autour d’un système conçu d’abord pour produire, auquel on ajoute ensuite des dispositifs permettant de récupérer ce qui en sort. Elle cherche essentiellement à réduire les pertes d’une économie industrielle. L’économie symbiotique franchit une étape supplémentaire : elle organise la production de manière que certaines activités contribuent directement au fonctionnement ou à la restauration du système dont elles dépendent.
Les écosystèmes permettent de comprendre cette différence. Une feuille morte n’atteint pas une « fin de vie » : sa matière change de fonction, est transformée puis reprise par d’autres organismes. Ce qui sort d’un processus devient l’entrée d’un autre. Une économie circulaire cherche à récupérer les matières après usage ; une économie symbiotique cherche à organiser dès l’origine les relations entre les flux et les fonctions successives.
Cette logique peut concerner l’industrie. La chaleur rejetée par une installation peut alimenter une autre activité ; une eau usée peut être traitée puis réutilisée tout en permettant la récupération de certaines substances ; un matériau peut être conçu pour rester identifiable et cyclable ; une molécule rejetée peut devenir l’intrant d’un autre procédé. La circularité cesse alors d’être une opération corrective en fin de chaîne pour devenir une propriété du système productif.
La symbiose va cependant plus loin que le cyclage. Elle apparaît lorsque la création de valeur contribue elle-même à restaurer une fonction environnementale. Une agriculture peut produire de la nourriture tout en améliorant la structure des sols, leur capacité à retenir l’eau ou certains habitats. Restaurer une zone humide peut simultanément améliorer la biodiversité, ralentir les crues et fournir des fonctions utiles au territoire. La régénération cesse alors d’être seulement une dépense destinée à réparer après coup : elle devient une activité productive.
Le carbone offre une autre illustration. Dans l’économie fossile, du carbone géologique est extrait puis largement dispersé sous forme de CO₂. Dans une économie de maîtrise, une partie de ce carbone peut être captée puis transformée en molécules, polymères, matériaux carbonés ou éléments de construction. Une pollution peut ainsi devenir un gisement de matière, à condition que sa récupération et sa transformation soient techniquement et énergétiquement rationnelles.
Le même principe vaut pour de nombreuses dégradations. Un sol appauvri représente un capital biologique à reconstruire ; une eau contaminée, un flux dont certaines substances peuvent être séparées ; des milieux dégradés, des fonctions écologiques susceptibles d’être restaurées. L’objectif n’est évidemment pas de polluer pour disposer ensuite d’une activité de dépollution, mais de faire en sorte que la restauration devienne une véritable branche productive de l’économie lorsque les dégradations existent déjà.
Une économie symbiotique ne suppose pas non plus que chaque usine, chaque véhicule ou chaque activité présente individuellement un bilan écologique positif. Certaines fonctions auront toujours des impacts. Le raisonnement porte sur le système complet : réduire les pertes, cycler les matières et développer suffisamment d’activités régénératrices pour que le bilan global tende progressivement de la dégradation vers la restauration.
Dans la quatrième économie, celle de la maîtrise de la ressource dans le modèle des cinq économies, l’écologie cesse ainsi d’être seulement une contrainte appliquée à la production. Elle devient elle-même un domaine de création de valeur. Régénérer un sol accroît un capital productif ; fermer un cycle réduit les besoins d’extraction ; transformer une pollution en ressource ouvre une filière industrielle ; restaurer un écosystème augmente les fonctions qu’il peut assurer.
L’économie circulaire demande : comment perdre moins de ce que nous produisons ?
L’économie symbiotique ajoute une ambition : comment produire de manière que la création de richesse participe elle-même à la restauration du monde ?
Note
La notion d’économie symbiotique est utilisée ici dans le sens développé par Thierry Curty dans La transition systémique vers une prospérité écologique et la sortie du 20e siècle : dépasser la seule réduction des impacts pour concevoir des activités dont le bilan environnemental peut devenir globalement régénératif. Les travaux consacrés à l’agriculture régénérative, au cyclage des matières et à l’industrie du carbone en constituent différentes applications.
Relations conceptuelles
S’appuie sur : La maîtrise de la ressource change la nature de l’économie ; La transition sociétale est un préalable à la transition écologique.
Dépasse : l’économie circulaire lorsqu’elle se limite à récupérer après usage les matières produites par un système dont l’architecture reste essentiellement linéaire.
Transforme : la restauration écologique d’une charge corrective en activité susceptible de créer de la valeur économique, productive et territoriale.
Cherche à : organiser les flux de manière que les sorties d’une activité deviennent autant que possible les entrées utiles d’une autre.
Étend : la circularité vers une logique régénérative dans laquelle certaines activités contribuent directement à restaurer les systèmes naturels.
Ne suppose pas : que chaque activité soit individuellement positive pour l’environnement, mais que le bilan global du système puisse devenir progressivement régénératif.
Dépend de : la connaissance, de la maîtrise des flux, du cyclage, de technologies adaptées et d’une organisation économique capable de valoriser les bénéfices de long terme.
Prépare : Le déchet n’existe pas : il existe des matières sans usage ; L’industrie du carbone : faire du CO₂ une matière première ; L’agriculture régénérative : produire en restaurant les écosystèmes ; Financer la transition comme un investissement rentable.
Repères conceptuels
économie symbiotique · économie circulaire · régénération · dépollution · cyclage · restauration écologique · externalités positives · maîtrise de la ressource