Les communs ne désigne pas un système qu’un gouvernement imposerait à l’économie. Il désigne une situation susceptible d’apparaître lorsque certaines ressources deviennent suffisamment abondantes, reproductibles, automatisées ou mutualisées pour que leur appropriation exclusive et leur facturation à chaque usage cessent d’être l’organisation la plus efficace. La différence de causalité est essentielle. Ici, ce sont les transformations économiques elles-mêmes qui peuvent rendre certaines formes de propriété ou d’échange marchand progressivement moins pertinentes.
La connaissance en fournit l’exemple le plus évident. Si je donne un objet, je cesse généralement de le posséder. Si je transmets une connaissance, nous pouvons désormais être deux à la posséder. Sa diffusion peut même augmenter sa valeur en permettant à d’autres de la vérifier, de l’améliorer ou de l’utiliser.
Le numérique amplifie considérablement cette propriété. Un logiciel, une méthode, un modèle ou une œuvre numérisée peuvent nécessiter beaucoup de travail pour être créés, mais leur reproduction supplémentaire peut ensuite coûter très peu. Le coût de la première unité peut rester élevé tandis que celui de la suivante devient presque négligeable. La rareté ne disparaît donc pas nécessairement de la production, mais elle peut disparaître presque entièrement de la reproduction.
Il faut alors parfois recréer artificiellement une rareté d’accès pour financer la création : licences, abonnements, droits exclusifs ou contrôles techniques. Ces mécanismes peuvent être nécessaires, mais ils révèlent précisément que la rareté économique ne provient plus toujours de la ressource elle-même.
Cette logique existe déjà dans les infrastructures collectives. Une route, une école ou une bibliothèque ont un coût de construction et d’entretien, mais leur fonctionnement n’exige pas nécessairement une transaction individuelle à chaque usage. Le coût économique subsiste ; ce qui peut disparaître est la nécessité de vendre séparément chaque utilisation.
L’automatisation peut étendre cette logique. Si certaines productions nécessitent de moins en moins de travail, si l’énergie et les infrastructures sont fortement mutualisées et si le cyclage réduit le besoin d’extraction nouvelle, certains biens ou services peuvent devenir si peu coûteux à fournir que leur facturation individuelle apporte moins de valeur que leur accès partagé.
Le marché ne disparaît pas pour autant. Un logement particulièrement bien situé reste rare, le temps d’un spécialiste reste limité, certaines ressources physiques sont contraintes et l’innovation exige souvent du capital et une rémunération du risque. Marché, propriété privée, infrastructures collectives et communs peuvent donc coexister, chacun étant utilisé là où ses propriétés économiques le rendent pertinent.
C’est ici qu’intervient l’attrition du coût marginal. Le capitalisme cherche continuellement à produire davantage avec moins de travail et des coûts plus faibles. Mais lorsqu’il pousse certaines productions vers un coût marginal extrêmement faible, il peut finir par réduire lui-même le domaine dans lequel la transaction marchande est nécessaire. Il existe ainsi un paradoxe : le capitalisme peut produire une partie des conditions économiques qui rendent certaines fonctions moins capitalistes.
Le contributisme accompagne cette évolution en élargissant la création de valeur au-delà de l’emploi permanent. Des individus peuvent contribuer à des connaissances, des logiciels, des infrastructures, des projets collectifs ou des communs sans que toute participation économique soit organisée par le salariat classique.
Une économie future peut ainsi combiner marchés, entreprises, propriété, communs, infrastructures mutualisées, production automatisée et contribution. Elle ne devient pas une économie où « tout appartient à tout le monde ». La frontière entre ce qui relève du marché et ce qui relève du commun se déplace simplement à mesure que changent la rareté, les coûts et les technologies.
L’abondance relative, l’automatisation, les communs et l’effondrement de certains coûts marginaux peuvent rendre spontanément moins marchandes des portions croissantes de l’économie.
Note
L’idée centrale des communs porte sur un changement de causalité : certaines formes de propriété ou d’échange marchand peuvent perdre progressivement leur fonction lorsque les conditions économiques qui les rendaient nécessaires disparaissent.
Relations conceptuelles
S’appuie sur : Du capitalisme aux communs : quand la valeur devient plus utile partagée que possédée ; L’attrition du coût marginal transforme le capitalisme.
Résulte potentiellement de : l’automatisation, de l’abondance relative de certaines ressources, de la baisse de leurs coûts marginaux et du développement d’infrastructures ou de communs partagés.
Est préparé par : le contributisme et la diversification progressive des formes de propriété, de revenu et de participation économique.
Transforme : la frontière entre marché, propriété exclusive, infrastructure collective et commun en fonction des caractéristiques réelles de chaque ressource.
Réduit : le rôle de l’échange marchand lorsqu’une ressource peut être distribuée plus efficacement par un accès partagé ou mutualisé.
Ne suppose pas : l’abolition politique préalable de la propriété privée, du marché, de l’entreprise ou de la rémunération.
Se distingue de : la collectivisation imposée et de la planification centralisée associées aux régimes communistes historiques.
Peut être produit par : le capitalisme lui-même lorsque sa recherche de productivité, d’automatisation et de baisse des coûts rend certaines formes de marché progressivement moins nécessaires.
Contribue à : La cinquième économie : une économie post-travail.
Repères conceptuels
communisme · communs · abondance · coût marginal · automatisation · marché · propriété · mutualisation · contributisme · économie post-travail