L’histoire économique est traditionnellement décrite à travers trois grands secteurs : le primaire produit les ressources, le secondaire les transforme et le tertiaire fournit les services. À mesure que leur productivité augmente, chacun mobilise proportionnellement moins de travail humain. L’agriculture produit beaucoup plus avec une fraction des actifs d’autrefois ; l’industrie a suivi le même chemin et l’automatisation commence maintenant à transformer les services. Le problème n’est pas que nous manquions d’activité économique, mais que nous continuions à faire de l’emploi la condition normale de participation à l’économie alors que celle-ci a de moins en moins besoin d’emplois.
Parallèlement existe une immense quantité d’activités qui créent de la valeur sans correspondre naturellement à un poste salarié permanent : logiciel libre, production de connaissances, projets associatifs, culture, innovation ouverte, restauration environnementale, communs, entraide, transmission de compétences ou initiatives citoyennes. Elles sont aujourd’hui considérées comme périphériques parce que notre système économique reconnaît principalement la valeur lorsqu’elle passe par l’emploi. Au point que lorsque quelqu’un entre en phase de création d’entreprise, on dit qu’il créé son emploi, c’est dire.
Le secteur quaternaire consiste précisément à faire entrer cette contribution dans le fonctionnement normal de l’économie. Il ne s’agit pas d’inventer une nouvelle catégorie d’emplois, mais de reconnaître qu’une personne peut participer à la création de valeur sans occuper en permanence un poste correspondant. Elle peut contribuer successivement à plusieurs projets, créer une ressource utile, intervenir temporairement dans une organisation ou participer à une production collective sans que cette activité doive être transformée artificiellement en emploi à plein temps.
L’automatisation rend cette évolution nécessaire. Plus les machines, les logiciels et l’intelligence artificielle prennent en charge les fonctions d’exécution, moins la quantité de travail humain nécessaire correspond à la quantité de richesse produite. Maintenir l’emploi comme principal moyen de distribuer le revenu conduit alors à une contradiction : la société devient capable de produire davantage en travaillant moins, mais préfère produire moins pour travailler plus.
Le contributisme apporte la réponse économique à cette évolution. Si une contribution produit effectivement de la valeur, celui qui y participe doit pouvoir recevoir une part de cette valeur sans qu’il soit nécessaire de lui fabriquer un emploi. Le quaternaire désigne donc le nouvel espace économique ; le contributisme organise la manière dont la valeur qui y est créée peut être distribuée.
Cette transformation ne signifie pas la disparition de l’agriculture, de l’industrie ou des services. Ces secteurs continueront à produire, mais avec toujours moins d’intervention humaine directe. Le quaternaire devient l’espace dans lequel se déplace progressivement l’activité humaine libérée de l’obligation d’emploi : initiative, créativité, connaissance, coopération, projets collectifs, régénération des environnements ou production de communs.
Il faut enfin distinguer ce secteur quaternaire de l’économie de maîtrise de la ressource — la quatrième économie dans le modèle des quatre économies. La quatrième économie décrit la transformation de notre rapport à la matière et aux ressources ; le quaternaire décrit celle de notre participation humaine à l’économie.
Le passage au quaternaire ne marque donc pas la fin de l’activité. Il marque la fin progressive de l’obligation de transformer toute activité utile en emploi pour lui reconnaître une valeur économique.
Note
Le terme « secteur quaternaire » possède plusieurs usages en économie et peut notamment désigner les activités de connaissance, d’information ou de recherche. Il est employé ici dans un sens doctrinal plus précis : le secteur émergent de la contribution économique au-delà de l’emploi salarié permanent.
Cette conception est développée dans La fin du travail : naissance de l’humain contributif, où la transition du primaire au secondaire puis au tertiaire est prolongée par l’émergence d’une économie post-salariée fondée davantage sur la contribution.
La fin du travail : naissance de l’humain contributif
Relations conceptuelles
S’appuie sur : La fin de l’emploi n’est pas la fin de l’activité humaine ; Le contributisme : distribuer la création de valeur au-delà de l’emploi.
Décrit : la montée d’un espace économique où l’activité utile et la création de valeur peuvent être reconnues indépendamment d’un emploi permanent.
Prolonge : la succession historique des secteurs primaire, secondaire et tertiaire sans supposer leur disparition.
Est rendu possible par : l’automatisation, la robotisation, l’intelligence artificielle et l’augmentation de la productivité.
Distingue : contribution, emploi salarié, activité économique et création de valeur.
Permet : de reconnaître économiquement des activités cognitives, culturelles, écologiques, sociales, associatives ou collectives qui débordent le marché du travail classique.
Ne doit pas être confondu avec : l’économie de maîtrise de la ressource, appelée quatrième économie dans le modèle des quatre économies.
Complète : La contribution personnelle doit ouvrir droit à une part de la valeur créée ; L’intelligence distribuée : lorsque l’IA relie les intelligences humaines.
Conduit à : La cinquième économie : une économie post-travail.
Repères conceptuels
secteur quaternaire · contribution · économie contributive · emploi · activité économique · automatisation · humain contributif · création de valeur · société post-salariée · transition sociétale