Préserver le XXe siècle détourne le capital du développement mondial

ID: 570 Modified UTC: 2026-09-25T17:17:20+00:00 Canonical URL: https://its-lan30.org/fiche/preserver-le-xxe-siecle-detourne-le-capital-du-developpement-mondial/ Text URL: https://its-lan30.org/ia/fiche/570/ Complement URL: https://its-lan30.org/ia/complements/570/ Categories: Finance et monnaie | Géopolitique | Institutions et gouvernance | Mondialisation | Pensée systémique | Solidarité et protection sociale | Vivre ensemble Tags: Afrique | allocation du capital | Asie | banque | Banque mondiale | capital | capitaux internationaux | coût du capital | croissance régénérative | crowding out | dette | dette publique | dette souveraine | développement économique | développement humain | économie avancée | économies émergentes | épargne | espace budgétaire | éviction financière | finance | finance climatique | finance mondiale | financement | financement du développement | fiscalité | flux de capitaux | FMI | fonds d’investissement | IDE | industrialisation | infrastructure | investissement | investissement direct étranger | investissement privé | investissement productif | investissement public | investisseur institutionnel | marchés financiers | mondialisation | neutralité carbone | obligations d’État | obligations souveraines | pays développés | pays émergents | pays en développement | prime de risque | prospérité | recettes publiques | rendement obligataire | service de la dette | Standard Chartered | Sud global | surendettement | taux d’intérêt | transition écologique | transition juste | transition systémique | UNCTAD | XXe siècle | XXIe siècle Portals: societe

Repere de routage

Allocation du capital · Éviction financière · Coût du capital · Dette publique · Investissement privé · Financement du développement · Prime de risque · Flux de capitaux · Déficit de financement · Transition juste [partage] Pourquoi le capital entretient-il davantage les économies avancées qu’il…

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Allocation du capital · Éviction financière · Coût du capital · Dette publique · Investissement privé · Financement du développement · Prime de risque · Flux de capitaux · Déficit de financement · Transition juste

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Pourquoi le capital entretient-il davantage les économies avancées qu’il ne finance les infrastructures des économies émergentes ?

Dette, rendement et prime de risque peuvent détourner des financements qui pourraient soutenir énergie, eau, industrie ou assainissement là où ces infrastructures manquent encore.

Contenu integral

Le capital mondial n’est pas illimité. Lorsqu’une part croissante de l’épargne disponible finance la dette publique des économies avancées, elle ne finance pas simultanément une usine, un réseau électrique, un système d’assainissement ou une entreprise dans une économie émergente. Le problème devient systémique lorsque les pays déjà développés empruntent massivement pour maintenir des structures économiques héritées plutôt que pour les transformer : des économies disposant déjà de leurs infrastructures mobilisent alors une capacité financière dont les pays encore en développement ont précisément besoin pour construire les leurs.

Ce mécanisme est accentué par la nature même de la dette souveraine des grandes économies. Les obligations américaines, européennes ou japonaises constituent des actifs liquides, profonds et généralement considérés comme peu risqués. Lorsque leur rendement augmente, pourquoi un investisseur financerait-il un projet industriel au Kenya, au Nigeria ou au Bangladesh sans exiger une rémunération nettement supérieure ? La BRI constate qu’entre 2021 et 2025, la part de la dette souveraine des économies avancées détenue par les investisseurs financiers non bancaires est passée de 44 à 53 %, tandis que l’émission publique progressait plus vite que le crédit au secteur privé. Avec le retrait progressif des banques centrales, une quantité croissante de dette doit en outre être absorbée par les investisseurs privés.

Le coût est transmis au reste du monde. Le [FMI estime](https://www.imf.org/en/news/articles/2025/04/24/tr-042325-fm-press-briefing?utm_source=chatgpt.com) qu’une hausse de 100 points de base des rendements nominaux des bons du Trésor américain entraîne approximativement une hausse équivalente du coût d’emprunt des économies émergentes pendant plusieurs mois. La Banque mondiale observe également que l’augmentation de la dette des économies avancées, en poussant leurs propres rendements à la hausse, ajoute une pression supplémentaire sur les taux supportés par les pays émergents et en développement.

Le résultat est un paradoxe : les économies qui ont le plus besoin de capital productif sont celles auxquelles il coûte le plus cher. L’[UNCTAD estime en 2026](https://unctad.org/publication/financing-development-external-flows-financial-capital-developing-countries-and-their?utm_source=chatgpt.com) que les pays en développement reçoivent près de 1 500 milliards de dollars de financements extérieurs annuels, mais qu’il leur manque encore environ **4 300 milliards de dollars par an** pour financer les objectifs de développement durable. Surtout, les capitaux extérieurs ne représentent que 11 % du financement de leur investissement, contre 38 % dans les économies développées, et leurs flux financiers extérieurs ont diminué de 18 % entre 2014 et 2024.

Faute de capitaux privés suffisants, les États émergents sont alors poussés à emprunter eux-mêmes pour financer les infrastructures que l’investissement productif aurait contribué à rendre possibles. Mais leur dette est plus chère et leurs recettes publiques beaucoup plus faibles. Entre 2018 et 2024, 73 % des pays en développement ont ainsi perdu de l’espace budgétaire sous l’effet de la hausse des intérêts. L’UNCTAD estime que 94 gouvernements économiseraient ensemble environ 500 milliards de dollars par an s’ils pouvaient emprunter aux mêmes taux que les économies développées. L’endettement destiné à compenser l’insuffisance de développement finit donc par absorber les ressources qui devraient précisément financer ce développement.

La transition écologique révèle l’ampleur du problème. Une étude de Standard Chartered estime que les économies émergentes devront mobiliser **94 800 milliards de dollars supplémentaires** pour atteindre la neutralité carbone tout en poursuivant leur développement. La banque estime que quelque 83 000 milliards pourraient provenir du secteur privé si le capital des économies avancées était effectivement orienté vers ces marchés. Si les pays émergents devaient au contraire financer seuls cette transition par l’impôt et l’endettement, leur consommation des ménages serait inférieure d’environ 5 % par an entre 2021 et 2060. C’est exactement le problème souligné depuis plusieurs années dans [LMC.today](https://lmc.today/les-economies-emergentes-auraient-besoin-de-94-800-milliards-pour-atteindre-la-neutralite-carbone-standard-chartered/?utm_source=chatgpt.com) : priver les économies émergentes de capitaux ralentit simultanément leur prospérité et leur capacité à réussir leur transition écologique.

Il ne s’agit pas d’affirmer que toute dette des économies avancées est improductive. Une dette finançant recherche, infrastructures, transition énergétique ou transformation industrielle constitue elle-même un investissement. Le problème apparaît lorsque l’endettement sert durablement à maintenir des structures arrivées en fin de cycle. Le capital mondial est alors mobilisé pour préserver le XXe siècle dans les économies qui l’ont déjà construit au lieu de financer le XXIe siècle dans celles qui doivent encore bâtir leurs infrastructures.

Réorienter ces capitaux ne serait pas une forme de charité. Une usine, un réseau électrique, une ville assainie ou une nouvelle filière industrielle dans une économie émergente produisent emplois, compétences, revenus, fiscalité et futurs marchés. Le développement de ces pays augmente ensuite leur capacité à financer santé, éducation, environnement et transition énergétique. **Le capital investi dans le développement mondial ne quitte donc pas l’économie avancée : il contribue à créer les économies prospères avec lesquelles elle échangera demain.**

Note

Le déficit de 94 800 milliards de dollars calculé par Standard Chartered concerne spécifiquement le financement supplémentaire nécessaire à la transition des économies émergentes vers la neutralité carbone à l’horizon 2060 ; il ne mesure pas directement la quantité de capital captée par la dette des économies avancées. Il donne cependant un ordre de grandeur des besoins auxquels le système financier mondial devra répondre.

Relations conceptuelles

Développement économique · Mondialisation · Dette souveraine · Investissement · Finance · Pays émergents · Transition écologique · Infrastructures · Prospérité · Croissance régénérative

Repères conceptuels

Allocation du capital · Éviction financière · Coût du capital · Dette publique · Investissement privé · Financement du développement · Prime de risque · Flux de capitaux · Déficit de financement · Transition juste

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Pourquoi le capital entretient-il davantage les économies avancées qu’il ne finance les infrastructures des économies émergentes ?

Dette, rendement et prime de risque peuvent détourner des financements qui pourraient soutenir énergie, eau, industrie ou assainissement là où ces infrastructures manquent encore.