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Le levier de l’AMI transforme l’épargne en pouvoir sans la miser sur chaque projet

Le financement participatif donne aux citoyens le pouvoir de choisir directement les projets qu’ils souhaitent soutenir, mais il associe généralement ce pouvoir à une exposition financière directe. Dans le crowdfunding d’investissement ou le crowdlending, l’épargnant engage son propre capital dans un projet déterminé : si celui-ci échoue, tout ou partie de la somme peut être perdue. L’Autorité des marchés financiers rappelle explicitement que les titres comme les prêts participatifs peuvent entraîner une perte partielle ou totale du capital. L’Action Mutuelle d’Investissement repose sur une architecture différente : les membres ne financent pas directement les projets qu’ils choisissent ; leur épargne constitue le fonds qui permet de mobiliser le financement.

Cette distinction est la clé du concept. Les quote-parts apportées par les membres alimentent un fonds de garantie, lui-même placé dans des actifs suffisamment sûrs et liquides. Ce fonds permet ensuite de négocier avec des établissements financiers une capacité de crédit supérieure à son montant. L’OCDE décrit précisément cet effet de levier dans les mécanismes de garantie : la mutualisation d’un fonds permet de soutenir un volume de prêts supérieur au capital immobilisé et d’améliorer l’accès au crédit des projets financés. L’AMI ajoute à ce mécanisme classique une innovation démocratique : les citoyens détenteurs du fonds participent au choix des projets auxquels cette capacité financière sera affectée.

Un levier de huit, par exemple, signifie qu’un fonds de 10 millions d’euros pourrait soutenir jusqu’à 80 millions d’euros de financements, si les partenaires financiers, la réglementation et le niveau de risque l’autorisent. Les dix millions ne sont donc pas répartis entre les projets : ils restent le socle patrimonial protégeant le dispositif. Dans le modèle originel de l’AMI, une quote-part peut ainsi donner durablement à son détenteur un droit de participation aux choix d’investissement sans devoir être réengagée et risquée à chaque nouveau vote. Le même capital peut soutenir successivement de très nombreux projets.

Le risque n’a évidemment pas disparu : il a été mutualisé et éloigné de l’épargnant individuel par plusieurs couches d’amortissement. La première est le rendement du portefeuille. Les projets financés versent des intérêts ; après paiement du coût de la ligne de crédit, des frais de fonctionnement et constitution des réserves, la marge restante absorbe les premières défaillances. Plus les projets défaillants sont nombreux, plus le rendement distribué diminue. La communauté peut même décider consciemment de soutenir certains projets à forte valeur sociale mais à rentabilité faible, en acceptant qu’ils réduisent son rendement. Le risque devient ainsi une décision collective avant de devenir une perte patrimoniale.

Une deuxième protection apparaît lorsque les pertes dépassent le rendement courant. L’AMI peut réduire ses nouveaux engagements, conserver davantage de ses recettes et affecter les remboursements des projets performants à la diminution de son endettement auprès des partenaires financiers plutôt qu’à de nouveaux financements. Elle se désendette et réduit son levier. Le volume d’investissement futur diminue, mais le fonds de garantie n’est pas encore nécessairement entamé. Ce n’est qu’après épuisement des marges, réserves et possibilités d’ajustement que des pertes suffisamment importantes peuvent atteindre le patrimoine garantissant le système. L’objectif n’est donc pas de promettre une épargne sans risque, mais de placer plusieurs amortisseurs entre l’échec d’un projet individuel et la perte d’une quote-part.

La diversification renforce encore cette protection. Dans un financement participatif direct, un épargnant ayant placé 1 000 euros dans un projet peut perdre ses 1 000 euros si celui-ci échoue. Dans l’AMI, la défaillance d’un projet devient une perte du portefeuille global supportée par les résultats des centaines ou milliers d’autres projets. Les organismes de garantie mutuelle reposent déjà sur cette mutualisation ; l’OCDE souligne qu’ils peuvent réduire le risque de crédit grâce à la sélection collective et à la connaissance des entreprises soutenues.

Enfin, l’AMI n’a aucun intérêt à conserver indéfiniment les entreprises qu’elle a aidées. Lorsqu’un projet a démontré sa viabilité, une banque peut lui proposer un financement conventionnel ou l’entrepreneur peut rechercher directement ce refinancement. Le remboursement de l’AMI libère alors immédiatement une partie de sa capacité de financement pour de nouveaux projets. Les mécanismes de garantie existants peuvent d’ailleurs faciliter l’établissement ultérieur d’une relation bancaire autonome en réduisant l’asymétrie d’information initiale sur l’entreprise.

C’est ce qui révèle la fonction profonde de l’AMI. Elle n’a pas vocation à devenir propriétaire de toutes les entreprises qu’elle soutient ni à maximiser éternellement les intérêts qu’elles lui versent. Elle est une interface sociétale entre l’épargne citoyenne, le pouvoir bancaire de financement et les projets que la population souhaite voir émerger. Son intérêt principal n’est donc pas financier : le rendement sert à rendre le mécanisme durable et à protéger l’épargne. Sa finalité est de permettre au même capital citoyen de choisir, financer, libérer puis recommencer — et ainsi de transformer une épargne limitée en pouvoir économique durable.

Note

Le levier x8 est un exemple conceptuel et non un coefficient garanti. Dans un système réel, le niveau de levier dépendrait des contrats conclus avec les établissements financiers, de la qualité du portefeuille, des garanties, des exigences prudentielles, de la liquidité et du coût du crédit. La création monétaire bancaire ne fonctionne pas aujourd’hui selon un multiplicateur fixe des dépôts ou des réserves : les banques créent de la monnaie en accordant des crédits, sous contraintes de solvabilité, liquidité, réglementation, rentabilité et risque.

Relations conceptuelles

Action Mutuelle d’Investissement · Démocratie économique · Fonds de garantie · Investissement citoyen · Mutualisation du risque · Création monétaire · Crédit bancaire · Épargne · Contributisme · Intelligence collective

Repères conceptuels

Levier financier · Fonds de garantie · Protection de l’épargne · Diversification · Coussin de sécurité · Désendettement · Mutualisation des pertes · Ligne de crédit · Refinancement bancaire · Capacité d’investissement

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