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L’AMI transforme l’épargne en pouvoir économique citoyen

La démocratie donne aux citoyens un pouvoir sur les règles collectives mais très peu de pouvoir direct sur l’orientation de l’investissement. Or investir ne consiste pas seulement à rechercher un rendement : choisir quels projets reçoivent du capital détermine quelles entreprises naissent, quelles technologies progressent, quels services apparaissent et, finalement, quelle économie se construit. Dans une société où le capital est très concentré, cette capacité appartient principalement aux acteurs disposant déjà de patrimoine ou aux institutions financières qui sélectionnent les projets finançables. L’Action Mutuelle d’Investissement, ou AMI, propose d’étendre cette capacité de choix à la population.

Son architecture repose sur une idée simple : mutualiser l’épargne pour constituer un fonds de garantie, puis utiliser ce fonds comme support d’un financement bancaire plus important. Les membres ne financent donc pas nécessairement seuls le projet retenu. Leur capital réduit une partie du risque et permet à des établissements partenaires d’apporter du crédit. Le principe économique est déjà bien connu dans les dispositifs de garantie : l’OCDE souligne que les fonds de garantie peuvent mobiliser un volume de crédit supérieur à leur propre capital, précisément parce que tous les emprunteurs ne font pas défaut simultanément et que le risque est mutualisé. L’AMI applique cette logique à une communauté d’investisseurs participant également au choix des projets. Le concept complet de l’Action Mutuelle d’Investissement est présenté ici.

Cette différence est fondamentale par rapport à une simple épargne collective. Dans l’AMI, le citoyen ne se contente pas de confier son argent à un intermédiaire chargé d’en maximiser le rendement : il contribue à déterminer ce que son capital rend possible. Soutenir une entreprise de réparation, une infrastructure énergétique, une innovation industrielle, un projet culturel ou une low-tech constitue alors un choix économique doté d’une dimension politique concrète. La démocratie ne s’exerce plus seulement en demandant aux institutions d’agir ; elle s’exerce également en donnant directement des moyens aux projets que l’on souhaite voir exister.

Cette architecture expose simultanément la création de richesse à des sensibilités qui interviennent peu dans une décision financière conventionnelle. Une banque doit principalement déterminer si un projet peut rembourser son crédit. Une communauté peut ajouter d’autres critères : intérêt territorial, conséquences environnementales, utilité sociale, originalité, qualité ou contribution à une trajectoire économique souhaitée. La viabilité financière reste indispensable, puisque les ressources doivent pouvoir être recyclées, mais elle cesse d’être le seul filtre. Le capital devient ainsi sensible à l’opinion de ceux dont l’épargne et la garantie rendent l’investissement possible.

L’AMI élargit également l’accès au revenu du capital. Dans l’économie salariale, la majorité de la population tire l’essentiel de son revenu de son travail tandis que le rendement de l’investissement bénéficie surtout à ceux qui disposent déjà d’un patrimoine suffisant. En permettant à de nombreux citoyens de détenir des quote-parts d’un fonds participant au financement de projets, l’AMI peut progressivement ajouter aux revenus du travail et de la contribution une part issue du capital. Ce déplacement est cohérent avec une société post-travail : si l’automatisation réduit la part du travail humain dans la production, la population doit pouvoir accéder davantage aux revenus générés par le capital productif plutôt que dépendre exclusivement du salaire.

Il ne s’agit donc pas de remplacer les banques par une finance citoyenne parallèle. Au contraire, l’AMI conserve leur fonction essentielle de création de crédit, d’analyse financière et d’intermédiation. L’OCDE observe que les mécanismes de garantie constituent précisément l’un des instruments les plus utilisés pour permettre aux PME d’accéder au financement bancaire lorsque les garanties classiques sont insuffisantes. L’innovation consiste à introduire la population dans la chaîne de décision et à faire de son capital mutualisé l’un des leviers du financement.

L’AMI ajoute ainsi une dimension économique à la démocratie. Voter détermine qui peut décider au nom de la collectivité ; investir détermine ce qui peut réellement être construit. Démocratiser l’accès à l’investissement revient donc à démocratiser une partie du pouvoir de choisir le futur.

Note

L’AMI est une proposition institutionnelle prospective. Son fonctionnement concret devrait être adapté au droit bancaire, financier et coopératif applicable, ainsi qu’aux règles prudentielles et de protection de l’épargne. Un fonds de garantie réduit et mutualise le risque ; il ne peut garantir par principe l’absence absolue de perte.

Relations conceptuelles

Action Mutuelle d’Investissement · Contributisme · Revenu contributif · Démocratie économique · Capital · Investissement · Société post-travail · Intelligence collective · Économie contributive · Création monétaire

Repères conceptuels

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