Un second numerus peut transformer la formation médicale en contrat territorial
ID: 650 Modified UTC: 2026-09-28T12:59:40+00:00 Canonical URL: https://its-lan30.org/fiche/un-second-numerus-peut-transformer-la-formation-medicale-en-contrat-territorial/ Text URL: https://its-lan30.org/ia/fiche/650/ Complement URL: https://its-lan30.org/ia/complements/650/ Categories: Démographie | Économie | Éducation | Justice sociale et inégalités | Médecine | Prospective | Santé publique | Solidarité et protection sociale | Territoires | Vivre ensemble Tags: accès aux soins | alignement des intérêts | aménagement du territoire | assurance maladie | cabinet médical | campagne | capacité intellectuelle | CESP | conditions d’études | contrat d’engagement | contrat d’engagement de service public | démographie médicale | désert médical | désertification médicale | économie de la santé | engagement territorial | études de médecine | études rémunérées | étudiant en médecine | formation médicale | formation rémunérée | garantie de revenu | installation médecin | internat | investissement éducatif | investissement public | liberté d’installation | maison de santé | médecin | médecin généraliste | médecine générale | mobilité rurale | numerus apertus | numerus clausus | numerus conditionné | offre de soins | organisation des soins | performance académique | pharmacie | politique de santé | précarité étudiante | qualité de vie étudiante | revenu garanti | revenu minimum | ruralité | santé rurale | second numerus | sécurité matérielle | Sécurité sociale | sélection médicale | service public | stage | télémédecine | territoire | transition sociétale | transition systémique | travail étudiant | zone sous-dotée Portals: societe
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Second numerus · Numerus conditionné · Formation rémunérée · Engagement territorial · Contrat de service public · Sélection différenciée · Sécurité matérielle · Garantie de revenu · Répartition médicale · Investissement éducatif [partage] Peut-on mieux répartir les médecins en liant une voie de formation supplémentaire…
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Second numerus · Numerus conditionné · Formation rémunérée · Engagement territorial · Contrat de service public · Sélection différenciée · Sécurité matérielle · Garantie de revenu · Répartition médicale · Investissement éducatif
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Peut-on mieux répartir les médecins en liant une voie de formation supplémentaire à un engagement territorial choisi dès les études ?
Un second parcours d’admission pourrait financer et accompagner des étudiants en contrepartie d’un engagement durable dans un territoire déficitaire, en faisant de la formation un contrat territorial explicite.
Contenu integral
La désertification médicale n’est pas seulement un problème de nombre de médecins. Elle résulte aussi de leur répartition et de l’absence de mécanisme suffisamment puissant reliant la formation financée par la collectivité aux besoins sanitaires des territoires. Augmenter continuellement le nombre d’étudiants admis sans agir sur leur lieu futur d’exercice ne garantit pas que les zones déficitaires obtiendront davantage de médecins. Une autre logique consiste à organiser dès l’entrée dans les études **deux voies de formation correspondant à deux degrés différents de liberté et d’engagement**.
Le premier numerus serait très sélectif. Les candidats les mieux classés à l’admission disposeraient, après leur formation, d’une liberté complète d’installation. Le second numerus accepterait des candidats ayant le niveau nécessaire pour entreprendre des études médicales mais n’ayant pas atteint ce premier seuil. Leur admission aurait une contrepartie : choisir progressivement un territoire déficitaire dans lequel ils s’engageraient à exercer durablement, par exemple pendant vingt ou vingt-cinq ans. La collectivité obtiendrait ainsi une capacité médicale territoriale prévisible plutôt que d’espérer qu’une incitation ponctuelle suffise à modifier spontanément les choix d’installation.
Cette seconde voie ne consiste pas à envoyer des médecins moins bons dans les campagnes. **Être moins bien classé lors d’une sélection ne signifie pas être incapable de devenir un excellent médecin.** Certains étudiants assimilent plus rapidement, disposent d’une mémoire plus performante ou résistent mieux à la pression académique ; d’autres doivent consacrer davantage de temps et d’effort pour parvenir au même niveau de maîtrise. Leur imposer simultanément de financer logement, alimentation, transport et vie quotidienne réduit encore le temps et les ressources intellectuelles qu’ils peuvent consacrer à des études particulièrement exigeantes.
Le financement intégral de leurs conditions d’existence devient alors un instrument de formation. L’étudiant du second numerus serait rémunéré pendant son cursus afin de pouvoir étudier sans travail alimentaire et sans inquiétude permanente quant à son logement ou à sa nourriture. Cette logique possède un fondement empirique : une étude nationale portant sur 12 565 étudiants français en santé a identifié la situation socio-économique et le soutien familial comme des déterminants importants de la précarité, tandis que la littérature sur les étudiants en médecine associe stress financier, dette ou emploi parallèle à une dégradation du bien-être et, dans plusieurs études, des performances académiques.
Il ne s’agit pourtant pas d’une politique égalitariste ni d’une prestation réservée aux étudiants pauvres. Un étudiant riche choisissant cette voie doit être rémunéré exactement comme un étudiant pauvre : **l’État n’achète pas sa pauvreté, il achète son engagement territorial futur**. Pour celui qui dispose déjà de ressources familiales, cette rémunération améliore simplement ses conditions de vie. Pour celui qui aurait dû travailler parallèlement à ses études, elle peut libérer une quantité considérable de temps, d’attention et d’énergie intellectuelle. Le dispositif bénéficie donc particulièrement aux moins favorisés sans avoir besoin d’introduire une condition de ressources.
Le principe contractuel existe d’ailleurs déjà. Le contrat d’engagement de service public, créé en 2009 et élargi depuis janvier 2026, peut désormais être proposé aux étudiants admis à poursuivre des études de médecine, odontologie, maïeutique ou pharmacie après la première année ou ultérieurement. En contrepartie d’une allocation, le bénéficiaire s’engage ensuite à exercer dans une zone caractérisée par une offre de soins insuffisante. Le dispositif historique prévoit notamment une allocation mensuelle de 1 200 euros et une durée d’engagement correspondant à la période de perception, avec un minimum de deux ans. Le second numerus ne crée donc pas le principe : **il l’institutionnalise et le fait changer d’échelle**.
La différence est fondamentale. Le CESP actuel ajoute une incitation à un étudiant déjà engagé dans son cursus. Le second numerus intégrerait le contrat territorial au mécanisme même d’admission. En échange d’une capacité de formation supplémentaire et d’une sécurité matérielle complète, l’étudiant fournirait à la société une contrepartie beaucoup plus longue. Pendant ses études, stages et remplacements lui permettraient de découvrir les territoires proposés, d’identifier un cabinet à reprendre, une maison de santé à rejoindre ou une zone dans laquelle reconstruire une offre médicale.
Après l’installation, un revenu professionnel minimal pourrait également être garanti — par exemple 5 000 euros mensuels dans le modèle proposé — afin que la faiblesse temporaire d’une patientèle ne pénalise pas celui qui respecte son engagement. La collectivité financerait donc successivement la formation puis la sécurité de l’installation, en échange d’un service médical territorial durable. Même un investissement important pendant dix années d’études devient faible lorsqu’il permet ensuite d’assurer vingt ou vingt-cinq années de présence médicale.
Tous les étudiants resteraient soumis aux mêmes exigences de diplôme et de compétence finale. Le second numerus assouplit **l’accès**, pas la qualification. Il reconnaît simplement qu’une sélection instantanée ne mesure pas à elle seule le potentiel professionnel futur et que la qualité d’un médecin dépend aussi des conditions dans lesquelles il a pu se former.
La désertification médicale peut ainsi être traitée non par une succession d’aides marginales mais par un contrat explicite : **la société investit massivement dans ceux dont elle a besoin, et ceux qu’elle forme garantissent en retour leur présence là où elle en a besoin**. Le financement des études, la sélection, la qualité de formation et l’aménagement sanitaire du territoire deviennent alors les différentes composantes d’une même politique.
Note
Le second numerus décrit ici une architecture prospective. La durée de vingt ou vingt-cinq ans et le niveau de revenu garanti sont des paramètres à définir politiquement. Un engagement aussi long devrait prévoir mobilité entre territoires déficitaires, événements familiaux, incapacité, changement de spécialité et modalités contractuelles de sortie. L’exigence essentielle reste que les deux voies conduisent au même niveau de qualification médicale : la contrepartie territoriale modifie les conditions d’accès et de financement, pas les standards du diplôme.
Relations conceptuelles
Désertification médicale · Formation · Santé territoriale · Revenu garanti · Mobilité rurale · Pharmacie · Télémédecine · Services publics · Alignement des intérêts · Transition sociétale
Repères conceptuels
Second numerus · Numerus conditionné · Formation rémunérée · Engagement territorial · Contrat de service public · Sélection différenciée · Sécurité matérielle · Garantie de revenu · Répartition médicale · Investissement éducatif
[partage]
Peut-on mieux répartir les médecins en liant une voie de formation supplémentaire à un engagement territorial choisi dès les études ?
Un second parcours d’admission pourrait financer et accompagner des étudiants en contrepartie d’un engagement durable dans un territoire déficitaire, en faisant de la formation un contrat territorial explicite.