Taxer chaque baril pour financer la fin du pétrole et la transition énergétique

ID: 535 Modified UTC: 2026-09-23T12:05:56+00:00 Canonical URL: https://its-lan30.org/fiche/taxer-chaque-baril-pour-financer-la-fin-du-petrole-et-la-transition-energetique/ Text URL: https://its-lan30.org/ia/fiche/535/ Complement URL: https://its-lan30.org/ia/complements/535/ Categories: Chimie | Économie | Énergie | Géopolitique | Ingénierie | Institutions et gouvernance | Matières premières | Mondialisation | Pensée systémique | Ressources | Santé environnementale Tags: aviation | Barack Obama | baril de pétrole | captage direct dans l’air | capture du carbone | capture du CO2 | carburant synthétique | CCU | CO2 | compagnies pétrolières | cyclage du carbone | DAC | décarbonation | e-fuel | e-kérosène | économie bas-carbone | économie de la ressource | électrification | électrolyse | émissions de CO2 | émissions indirectes | énergie bas-carbone | énergie renouvelable | ExxonMobil | fin du pétrole | fiscalité pétrolière | Fischer-Tropsch | fonds international | groupes pétroliers | hydrocarbures | hydrogène | hydrogène bas-carbone | hydrogène vert | industrie du carbone | infrastructure énergétique | neutralité carbone | pétrochimie | pétrole | raffinage | renouvelables | responsabilité carbone | Scope 3 | sortie des énergies fossiles | substitution | taxe par baril | taxe sur le pétrole | TotalEnergies | transition écologique | transition énergétique | transport maritime | véhicule électrique | voiture électrique Portals: environnement | science | societe

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Scope 3 · Pétrole · Baril · Fiscalité pétrolière · E-fuels · Hydrogène bas-carbone · CO₂ capté · Électrolyse · Fischer-Tropsch · Électrification · Substitution · Industrie du carbone [partage] Comment fonctionnerait une taxe sur chaque baril destinée à financer la transition des usages et…

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Comment fonctionnerait une taxe sur chaque baril destinée à financer la transition des usages et de l’industrie pétrolière ?

La proposition prélève une part de la valeur du pétrole encore consommé pour financer électrification, carburants de synthèse, hydrogène et industrie du carbone jusqu’à l’attrition de la demande.

Contenu integral

Le pétrole ne se brûle pas dans les raffineries. Il est consommé par des milliards de véhicules, des avions, des navires, des machines, des chaudières et par une industrie pétrochimique construite depuis plus d’un siècle autour des hydrocarbures. Le [GHG Protocol](https://ghgprotocol.org/sites/default/files/standards/Scope3_Calculation_Guidance_0.pdf) classe pourtant les émissions résultant de l’usage des carburants vendus dans le Scope 3 des producteurs, catégorie 11 « use of sold products ». Cette comptabilité est utile pour mesurer l’empreinte d’une chaîne de valeur, mais elle ne doit pas être confondue avec une attribution causale : les émissions de combustion sont physiquement produites par l’usage du produit, au sein d’un système économique qui en organise la demande.

Attribuer aux groupes pétroliers la consommation du pétrole au seul motif qu’ils le fournissent inverse donc le problème. Si ExxonMobil, TotalEnergies, Shell ou BP cessaient demain de livrer du carburant alors que les usages n’ont pas été remplacés, la conséquence immédiate serait une pénurie, une flambée des prix et une crise sociale, non une décarbonation organisée. La dépendance est systémique : elle réside dans les infrastructures, les véhicules, l’aviation, la logistique, les procédés industriels et les habitudes de mobilité. La [fin du pétrole](https://lmc.today/tag/fin-du-petrole/) doit donc résulter de la disparition progressive de ses usages plutôt que de l’interruption autoritaire de son approvisionnement.

Les groupes pétroliers disposent précisément d’une partie des compétences nécessaires à l’après-pétrole : chimie du carbone, hydrogène, catalyse, transport de fluides, raffinage, infrastructures énergétiques et captage du CO₂. Exxon Research travaillait déjà dans les années 1970 sur des procédés de [séparation du dioxyde de carbone](https://patents.google.com/patent/FR2316999A1/iw). TotalEnergies disposait fin 2025 de 34 GW de capacités renouvelables installées et développe aujourd’hui en France l’un des plus importants réseaux publics de recharge électrique. Ces entreprises ne sont donc pas condamnées à rester des extracteurs d’hydrocarbures : leurs compétences peuvent être transférées vers l’énergie décarbonée et l’industrie du carbone.

La transition consiste alors moins à supprimer une industrie qu’à changer sa matière première. Le XXe siècle extrayait du carbone géologique, le transformait puis le dispersait dans l’atmosphère. Le XXIe siècle peut capter du CO₂ déjà présent dans le cycle de surface, le combiner à de l’hydrogène produit avec de l’électricité bas-carbone et fabriquer des [carburants synthétiques](https://lmc.today/tag/carburant-synthetique/). L’Agence internationale de l’énergie décrit déjà ces e-fuels comme une voie de décarbonation particulièrement pertinente pour l’aviation et le transport maritime, là où l’électrification directe reste plus difficile.

Une interdiction mondiale du pétrole à une date déterminée serait technologiquement concevable, mais se heurterait à une résistance sociale, économique et géopolitique considérable. Une proposition plus progressive consisterait à instaurer une contribution internationale uniforme de **6 dollars sur chaque baril extrait**. Barack Obama avait déjà proposé en 2016 une redevance américaine d’environ [10 dollars par baril](https://obamawhitehouse.archives.gov/the-press-office/2016/02/04/fact-sheet-president-obamas-21st-century-clean-transportation-system), progressivement mise en place, afin de financer notamment les transports propres et les technologies énergétiques de l’avenir. Le principe d’utiliser le pétrole pour financer sa propre substitution n’est donc pas inédit.

Avec une offre pétrolière mondiale qui demeure de l’ordre de 100 millions de barils par jour, une contribution de 6 dollars produirait initialement **plus de 200 milliards de dollars par an**. Ces ressources seraient dévolues à un fonds international destiné à industrialiser les substituts au pétrole : électrolyseurs, hydrogène bas-carbone, captage du CO₂, unités de synthèse, recherche catalytique et capacités de production. Le prélèvement renchérirait légèrement le pétrole fossile tout en finançant directement son concurrent. À mesure que l’extraction diminuerait, les recettes diminueraient elles aussi : le mécanisme serait conçu pour disparaître avec la ressource fossile qu’il contribue à remplacer.

L’électrification supprimerait progressivement une part croissante de la demande pétrolière : voitures, utilitaires, chauffage et de nombreux usages industriels. Les carburants synthétiques remplaceraient parallèlement le pétrole là où un carburant liquide demeure nécessaire, notamment dans l’aviation, le transport maritime, certains engins et le parc thermique résiduel. La production d’e-fuels à partir d’hydrogène et de CO₂ créerait en même temps une demande massive d’électricité décarbonée, accélérant le développement des renouvelables et des autres moyens de production bas-carbone.

La combustion d’un carburant synthétique restitue toujours du CO₂. Mais lorsque son carbone provient de l’atmosphère, d’une source biogénique ou d’un carbone effectivement cyclé, et que l’hydrogène est produit avec une énergie bas-carbone, le principe change radicalement : on cesse d’introduire continuellement dans le cycle atmosphérique du carbone extrait des stocks géologiques. Le carburant devient alors un vecteur d’un **cycle industriel du carbone**, et non le dernier maillon d’une chaîne linéaire extraction-combustion-dispersion.

La sortie du pétrole ne reposerait donc ni sur la culpabilisation du consommateur, ni sur l’injonction faite aux pétroliers d’abandonner une demande qu’aucune alternative ne serait encore capable de satisfaire. L’électrification progresserait d’un côté tandis que la production de carbone synthétique monterait en puissance de l’autre. L’extraction régresserait à mesure que ses marchés disparaîtraient. **Chaque baril extrait financerait ainsi le système industriel destiné à le rendre inutile.**

Note

Le Scope 3 reste un instrument pertinent pour mesurer les émissions associées à la chaîne de valeur d’une entreprise ; la distinction porte ici sur l’usage qui en est fait : une attribution comptable des émissions liées aux produits vendus ne constitue pas, à elle seule, une attribution de responsabilité physique exclusive pour leur combustion.

La proposition d’une contribution mondiale de 6 dollars par baril est prospective. À titre de précédent, le projet budgétaire de l’administration Obama pour 2017 prévoyait une contribution de 10,25 dollars par baril, introduite progressivement sur cinq ans.

Relations conceptuelles

Fin du pétrole · Industrie du carbone · Carburants synthétiques · Hydrogène · Captage du CO₂ · Électrification · Énergies renouvelables · Décarbonation · Maîtrise de la ressource · Cyclage du carbone

Repères conceptuels

Scope 3 · Pétrole · Baril · Fiscalité pétrolière · E-fuels · Hydrogène bas-carbone · CO₂ capté · Électrolyse · Fischer-Tropsch · Électrification · Substitution · Industrie du carbone

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Comment fonctionnerait une taxe sur chaque baril destinée à financer la transition des usages et de l’industrie pétrolière ?

La proposition prélève une part de la valeur du pétrole encore consommé pour financer électrification, carburants de synthèse, hydrogène et industrie du carbone jusqu’à l’attrition de la demande.