L’Humanité a toujours été active, bien avant l’institution de l’emploi comme pilier de la création et distribution de la richesse

ID: 311 Modified UTC: 2026-09-19T22:34:45+00:00 Canonical URL: https://its-lan30.org/fiche/la-fin-de-lemploi-nest-pas-la-fin-de-lactivite-humaine-2/ Text URL: https://its-lan30.org/ia/fiche/311/ Complement URL: https://its-lan30.org/ia/complements/311/ Categories: Citoyenneté et participation | Coopération et communs | Culture et imaginaires | Démocratie | Démographie | Économie | Économie sociale et solidaire | Intelligence artificielle | Robotique et automatisation | Transition sociétale | Travail et emploi Tags: activité contributive | activité économique | activité humaine | activité rémunérée | aliénation | automatisation | autonomie | autonomie économique | choix de l’activité | cinquième économie | contribution | contributisme | création de valeur | destruction d’emplois | disparition des emplois | dissociation revenu emploi | économie contributive | économie post-travail | emploi | emploi choisi | fin de l’emploi | fonction humaine | gains de productivité | intelligence artificielle | libération du travail | liberté d’activité | plein-emploi | productivité | progrès technologique | réduction du besoin de travail | revenu | robotisation | salariat | sécurité matérielle | société contributive | société du travail | société post-travail | temps libéré | transformation de l’emploi | transformation du travail | transition sociétale | travail | travail choisi | travail contraint Portals: societe

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fin de l’emploi · activité humaine · travail · emploi · automatisation · temps libéré · autonomie économique · contributisme · société post-travail [partage] Si l’emploi recule, pourquoi l’activité humaine disparaîtrait-elle avec lui ?

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Si l’emploi recule, pourquoi l’activité humaine disparaîtrait-elle avec lui ?

L’humanité a créé, appris, soigné, construit et organisé des communautés bien avant que l’emploi devienne le mécanisme central de revenu et d’intégration sociale.

Contenu integral

La disparition progressive de certains emplois est souvent présentée comme une menace contre l’activité humaine elle-même. Si les machines produisent, conduisent, calculent, administrent ou analysent à notre place, que restera-t-il à faire ? Cette question repose pourtant sur une confusion fondamentale entre **emploi, travail et activité**.

L’humanité a toujours été active. Elle a cultivé, construit, inventé, enseigné, échangé, exploré, pris soin, créé des institutions, produit des œuvres, développé des connaissances et organisé des communautés bien avant que l’emploi devienne la forme dominante de participation économique. **L’emploi n’est donc pas l’activité humaine : il est une institution historique particulière par laquelle une partie de cette activité est intégrée à l’appareil productif, organisée et rémunérée.**

Dans la société industrielle moderne, cette institution a pris une importance exceptionnelle. L’emploi distribue le revenu, ouvre des droits sociaux, structure les carrières, organise le temps, facilite l’accès au logement et au crédit et constitue une source importante de reconnaissance sociale. Il est progressivement devenu bien davantage qu’un moyen de produire : **il est devenu l’un des principaux mécanismes d’intégration de l’individu à la société**.

C’est pourquoi son recul provoque une inquiétude aussi profonde. Lorsqu’une usine automatise une ligne de production, lorsqu’un logiciel supprime une tâche administrative ou lorsqu’une intelligence artificielle prend en charge une opération intellectuelle, la société ne voit pas seulement disparaître une quantité de travail nécessaire. Elle voit disparaître le mécanisme qui procurait à certaines personnes un revenu, un statut et une place reconnue.

Le problème n’est donc pas que l’automatisation supprimerait l’activité humaine. Il est que **nous avons attaché les conditions matérielles de l’existence à une forme particulière d’activité que la technologie rend progressivement moins nécessaire**.

Cette distinction permet d’interpréter autrement les gains de productivité. Si une machine permet de produire la même chose avec deux fois moins d’intervention humaine, le résultat technique est simple : il faut moins d’effort pour satisfaire le même besoin. Dans une économie libérée de la dépendance à l’emploi, ce serait un progrès évident. Dans une économie où le revenu dépend principalement du travail, le même progrès devient une menace qu’il faut compenser en créant ailleurs de nouvelles fonctions.

Le système cherche alors continuellement à remplacer le travail supprimé par d’autre travail, **jusqu’à maintenir artificiellement des activités moins productives simplement pour préserver l’emploi**. Tant que de nouveaux besoins et de nouveaux secteurs absorbent la main-d’œuvre libérée, cette mécanique peut fonctionner. Mais à mesure que l’automatisation gagne les tâches physiques puis cognitives, la contradiction devient plus visible : la société devient capable de produire davantage en travaillant moins mais, pour continuer à fournir du travail, elle finit par **produire moins efficacement afin de travailler davantage**.

La réponse dépend donc de ce que l’on considère comme l’objectif de l’économie. Si celui-ci consiste à fournir suffisamment d’emplois à toute la population, toute technologie économisant du travail devient potentiellement problématique. Si l’objectif consiste à satisfaire les besoins humains en mobilisant le moins possible de contraintes, la diminution du travail nécessaire constitue au contraire l’un des principaux indicateurs du progrès.

La fin progressive de l’emploi comme institution universelle ne signifie donc pas la fin de l’activité. Un individu libéré de l’obligation de consacrer l’essentiel de son temps à un poste rémunéré ne cesse pas pour autant d’avoir des projets, des compétences, des besoins sociaux ou le désir d’agir. Il peut apprendre, entreprendre, contribuer à un commun, participer à une association, produire une connaissance, restaurer un territoire, créer, enseigner, prendre soin de proches ou rejoindre ponctuellement une organisation lorsqu’une fonction exige encore une présence humaine.

Ce qui change est le rapport entre cette activité et l’existence matérielle. Dans la société du travail, l’individu doit d’abord trouver une fonction suffisamment rémunérée pour pouvoir vivre ; ses autres activités occupent l’espace restant. Dans une société progressivement libérée de cette obligation, il peut disposer d’une sécurité matérielle lui permettant de choisir davantage **où, comment et pourquoi il souhaite être actif**.

Cette transformation ne produit donc pas nécessairement moins d’activité humaine. Elle peut au contraire en libérer une quantité considérable. Aujourd’hui, de nombreux projets ne voient jamais le jour faute de temps, de sécurité économique ou de disponibilité mentale. Une personne peut posséder une idée, une compétence ou une volonté de contribuer sans pouvoir réduire suffisamment son emploi pour les mettre en œuvre. Le recul du travail contraint rend progressivement cette capacité disponible.

C’est dans cet espace que prend place le **contributisme**. À mesure que l’emploi cesse d’absorber toute la participation économique, il devient possible de reconnaître d’autres formes de contribution : production de connaissances, projets collectifs, innovation ouverte, activités associatives, entretien de communs, initiatives territoriales ou coopération entre individus. **La participation à la création de valeur se diversifie, tandis que le contributisme permet progressivement de dissocier la reconnaissance économique de l’occupation permanente d’un emploi.**

[La fin du travail peut alors être comprise non comme l’effacement de l’humain de l’économie, mais comme la naissance progressive de l’humain contributif.](https://thierrycurty.fr/la-fin-du-travail-naissance-de-lhumain-contributif/?utm_source=chatgpt.com) L’individu n’est plus principalement défini par la place qu’il occupe dans un appareil productif ; il peut devenir un acteur beaucoup plus direct de la création de valeur sociale, économique, culturelle ou cognitive.

Cela n’implique pas la disparition rapide de tous les emplois. De nombreuses fonctions continueront longtemps à nécessiter une présence humaine, et certaines personnes souhaiteront toujours exercer un métier structuré. La transformation porte sur leur statut : **l’emploi cesse progressivement d’être la condition universelle de l’existence et devient l’une des formes possibles de l’activité**.

Cette évolution peut même améliorer la qualité des emplois qui subsistent. Lorsqu’un individu n’est plus obligé d’accepter n’importe quelle fonction pour survivre, les activités pénibles, contraignantes ou peu attractives doivent offrir de meilleures conditions pour trouver des personnes disposées à les exercer. La liberté de refuser devient alors un mécanisme économique qui oblige soit à mieux rémunérer ces fonctions, soit à les automatiser.

La fin de l’emploi ne doit donc pas être pensée comme un vide qu’il faudrait remplir. Elle marque la possibilité d’un déplacement historique : après des siècles durant lesquels une part croissante de la population a été mobilisée dans la production, l’automatisation peut progressivement rendre cette mobilisation moins nécessaire. La question n’est plus seulement **« que feront les humains si les machines travaillent à leur place ? »**, mais **« que pourront-ils faire lorsque leur droit à l’existence ne dépendra plus de la nécessité de travailler ? »**

 

Note

Cette distinction entre emploi, travail et activité est au cœur de la réflexion développée par Thierry Curty dans [La fin du travail, naissance de l’humain contributif](https://thierrycurty.fr/la-fin-du-travail-naissance-de-lhumain-contributif/?utm_source=chatgpt.com). La disparition progressive de certaines fonctions salariées y est interprétée non comme une disparition de l’activité humaine, mais comme l’une des conditions permettant son émancipation hors de la contrainte universelle de l’emploi.

Relations conceptuelles

**S’appuie sur :** *Travail et activité : distinguer la contrainte de l’activité humaine*.

**Distingue :** l’emploi comme institution économique, le travail comme activité structurellement contrainte et l’activité humaine comme ensemble beaucoup plus large de productions, contributions et initiatives.

**Explique :** pourquoi l’automatisation est perçue comme une menace lorsque l’emploi reste le principal mécanisme de distribution du revenu et d’intégration sociale.

**Transforme :** le gain de productivité en temps potentiellement libéré plutôt qu’en perte économique à compenser par la création d’un nouvel emploi.

**Ne signifie pas :** la disparition de toute activité, de tout métier ou de toute participation économique.

**Permet :** l’émergence d’activités contributives, de projets individuels ou collectifs et de formes économiques moins dépendantes du salariat permanent.

**Conduit à :** *Le contributisme : distribuer la création de valeur au-delà de l’emploi* ; *La cinquième économie : une économie post-travail*.

**Prépare :** *Désautomatiser l’humain en automatisant les tâches* ; *La transition sociétale est un préalable à la transition écologique*.

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Si l’emploi recule, pourquoi l’activité humaine disparaîtrait-elle avec lui ?

L’humanité a créé, appris, soigné, construit et organisé des communautés bien avant que l’emploi devienne le mécanisme central de revenu et d’intégration sociale.