Du capitalisme aux communs : quand la valeur devient plus utile partagée que possédée

ID: 162 Modified UTC: 2026-09-16T22:46:09+00:00 Canonical URL: https://its-lan30.org/fiche/du-capitalisme-aux-communs-quand-la-valeur-devient-plus-utile-partagee-que-possedee/ Text URL: https://its-lan30.org/ia/fiche/162/ Complement URL: https://its-lan30.org/ia/complements/162/ Categories: Coopération et communs | Démocratie | Démographie | Territoires | Transition sociétale | Travail et emploi | Vivre ensemble Tags: abondance | accès partagé | attrition du coût marginal | automatisation | biens communs | capitalisme | communs | connaissance ouverte | contribution | coopération | coût marginal | coût marginal faible | coût marginal zéro | création de valeur | données ouvertes | économie collaborative | économie contributive | économie de l’abondance | économie des communs | économie numérique | évolution du capitalisme | infrastructure commune | infrastructure numérique | infrastructure partagée | innovation distribuée | innovation ouverte | logiciel libre | marché et communs | mutualisation | mutualisation des coûts | open source | partage de la valeur | partage des ressources | productivité | propriété | propriété collective | propriété distribuée | propriété et usage | propriété privée | rareté | rareté artificielle | ressources communes | ressources numériques | ressources partagées | société contributive | standards ouverts | transformation du capitalisme | transition économique | transition sociétale Portals: societe

Repere de routage

communs · propriété · mutualisation · ressources partagées · coût marginal · économie contributive · infrastructure commune · accès partagé

Reperes conceptuels indexes

communs · propriété · mutualisation · ressources partagées · coût marginal · économie contributive · infrastructure commune · accès partagé

Contenu integral

Un commun n’est pas une invention d’Internet. Depuis toujours, les sociétés organisent collectivement certaines ressources dont la valeur vient précisément de leur usage partagé : pâturages, cours d’eau, espaces publics, écoles, infrastructures ou connaissances.

Tous ces exemples ne sont pas juridiquement des « communs », mais ils reposent sur une même idée : **toute valeur n’a pas nécessairement vocation à être organisée par l’appropriation exclusive**.

La propriété privée reste extrêmement efficace lorsque les ressources sont rares, divisibles et coûteuses à produire. Elle permet d’investir, de prendre des risques, d’organiser une exploitation et d’obtenir un revenu. Mais toutes les ressources n’ont pas les mêmes propriétés. Une parcelle ou une machine sont rivales : leur usage par l’un limite celui des autres. Une connaissance ou un logiciel peuvent au contraire être transmis sans être retirés à celui qui les possède.

C’est cette différence qui rend certaines ressources particulièrement adaptées au commun. **Un commun n’est pas nécessairement gratuit et n’implique pas l’absence de propriétaire : il organise un usage partagé autour de règles de gouvernance.** Un pâturage commun doit éviter la surexploitation ; une école doit être financée ; un logiciel partagé doit être développé et maintenu.

La question pertinente n’est donc pas de choisir idéologiquement entre propriété et commun, mais de déterminer **quelle organisation correspond le mieux à la nature de la ressource**.

Le numérique rend cette question particulièrement importante. Un logiciel, une méthode, une base de connaissances ou un standard peuvent être reproduits à très faible coût une fois créés. Leur valeur peut même augmenter lorsqu’ils sont davantage utilisés, améliorés ou intégrés à d’autres systèmes. Dans ces situations, l’exclusivité n’est plus nécessairement le meilleur moyen de produire de la valeur.

Cela ne supprime pas l’économie marchande. Une infrastructure commune peut au contraire soutenir une activité privée extrêmement dynamique. Une route publique permet aux transporteurs d’exister ; un standard ouvert permet à plusieurs entreprises de produire des équipements compatibles ; un logiciel libre peut devenir le socle de nombreux services commerciaux. **Les communs peuvent donc être une infrastructure du marché plutôt que son contraire.**

L’attrition du coût marginal déplace progressivement cette frontière. Lorsque chaque unité supplémentaire exige beaucoup de matière, d’énergie ou de travail, la vente individuelle conserve une forte logique. Lorsque la reproduction devient presque gratuite, contrôler l’accès peut parfois coûter davantage que permettre l’usage. Licences, verrouillages, facturation ou infrastructures dupliquées deviennent alors eux-mêmes des coûts.

Il apparaît ainsi un paradoxe : **le capitalisme peut produire, par sa recherche permanente de productivité et de baisse des coûts, des ressources qui se prêtent de mieux en mieux au partage**.

Cela ne signifie évidemment pas que tout devrait devenir commun. Un logement reste rare, une terre possède une surface limitée, une machine une capacité finie, certaines innovations exigent une période d’exclusivité pour rémunérer l’investissement. Une économie avancée peut donc combiner propriété privée, propriété publique, entreprises, coopératives, associations et communs selon les caractéristiques des ressources concernées.

Cette logique rejoint directement l’économie contributive. Des individus peuvent participer à une base de connaissances, un logiciel, une infrastructure ou un projet collectif sans être nécessairement salariés de l’organisation qui en bénéficie. La frontière entre producteur, utilisateur et contributeur devient plus souple.

Le passage du capitalisme aux communs ne signifie donc pas la disparition de la propriété ou du marché. Il signifie que **la propriété cesse d’être considérée comme la forme naturelle et universelle de toute organisation économique**.

Certaines ressources créent davantage de valeur lorsqu’elles sont possédées.

D’autres en créent davantage lorsqu’elles sont partagées.

Une économie arrivée à maturité apprend simplement à distinguer les deux.

Note

Le terme « commun » désigne ici un mode d’accès et de gouvernance adapté à certaines ressources, non l’abolition générale de la propriété privée ou du marché.

Relations conceptuelles

**S’appuie sur :** *L’attrition du coût marginal transforme le capitalisme*.

**Est favorisé par :** la baisse des coûts de reproduction, la numérisation, l’automatisation et la diffusion de la connaissance.

**Se définit par :** un usage partagé organisé davantage que par la gratuité ou l’absence de propriété.

**Permet :** de mutualiser certaines infrastructures, d’éviter des duplications inutiles et d’accroître la valeur de ressources dont l’utilité augmente avec leur diffusion.

**Peut soutenir :** une économie privée dynamique lorsque le commun constitue l’infrastructure sur laquelle se développent des activités marchandes.

**Contribue à :** une économie plus distribuée, collaborative et contributive.

**Ne supprime pas :** la propriété privée, l’investissement, le marché ni la rémunération des activités économiques.

**Transforme :** le lieu où se forme la valeur, en la déplaçant parfois de la propriété de la ressource vers les services, les usages et les contributions qui l’entourent.

**Entre en tension avec :** les modèles reposant principalement sur la création artificielle de rareté autour de ressources facilement reproductibles.

**Prépare :** *Le communisme comme conséquence économique plutôt que comme programme politique* ; *La connaissance devient une infrastructure productive* ; *La cinquième économie : une économie post-travail*.

Repères conceptuels

communs · propriété · mutualisation · ressources partagées · coût marginal · économie contributive · infrastructure commune · accès partagé

[partage]

Quand une ressource gagne de la valeur en étant partagée, pourquoi continuer à l’organiser comme si elle devait rester rare ?

Les communs ne remplacent pas la propriété : ils deviennent rationnels lorsque l’usage partagé produit plus de valeur que l’exclusivité.