La fin de l’emploi n’est pas la fin de l’activité humaine

ID: 137 Modified UTC: 2026-09-10T10:37:11+00:00 Canonical URL: https://its-lan30.org/fiche/la-fin-de-lemploi-nest-pas-la-fin-de-lactivite-humaine/ Text URL: https://its-lan30.org/ia/fiche/137/ Complement URL: https://its-lan30.org/ia/complements/137/ Categories: Citoyenneté et participation | Démographie | Économie | Entreprise | Transition sociétale | Travail et emploi | Vivre ensemble Tags: activité économique | activité humaine | automatisation | avenir du travail | chômage technologique | contribution économique | contribution sociale | création d’emplois | disparition de l’emploi | droit à l’activité économique | droit au travail | économie contributive | emploi comme norme sociale | emploi salarié | fin de l’emploi | fin du travail | gains de productivité | intelligence artificielle et emploi | lien social | machines et emploi | oisiveté | participation économique | productivité | remplacement des emplois | revenu et travail | revenu sans emploi | robotisation | société automatisée | société post-travail | société sans emploi | suppression des emplois | temps libéré | transformation du travail | utilité sociale Portals: societe

Repere de routage

emploi · fin de l’emploi · activité humaine · oisiveté · automatisation · productivité · revenu · activité économique · contribution · société post-travail [partage] Que devient une société quand l’emploi cesse d’être la condition normale d’accès au revenu et à l’utilité sociale ?

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Que devient une société quand l’emploi cesse d’être la condition normale d’accès au revenu et à l’utilité sociale ?

L’emploi est une institution historique, pas le synonyme de l’activité humaine : sa contraction peut libérer d’autres formes de participation.

Contenu integral

L’idée d’une société dans laquelle l’emploi occuperait une place beaucoup moins importante provoque presque immédiatement la même inquiétude : que feront les gens s’ils ne travaillent plus ? Derrière cette question se trouve une assimilation profondément installée entre emploi, activité, utilité sociale et même existence normale. Pourtant, ces notions ne se confondent pas.

L’emploi salarié de masse est une forme particulière d’organisation économique. Il permet à une organisation d’acheter du temps et des compétences pour produire des biens ou des services, tandis que le salaire procure à celui qui travaille les moyens de participer à l’économie. Dans la société industrielle, ce mécanisme est devenu central parce qu’il répondait simultanément à deux nécessités : mobiliser une quantité considérable de travail humain pour produire et distribuer à la population le revenu permettant d’acheter cette production.

La société du XXe siècle a donc fini par faire de l’emploi beaucoup plus qu’un instrument économique. Il est devenu un moyen d’intégration sociale, un indicateur de statut, une source d’identité et, surtout, la principale justification de l’accès individuel au revenu. Ne pas avoir d’emploi signifie alors non seulement ne pas percevoir de salaire, mais devoir expliquer pourquoi on n’en a pas et démontrer périodiquement que l’on cherche à en retrouver un.

Cette organisation paraît naturelle simplement parce que plusieurs générations ont vécu à l’intérieur d’elle.

Elle ne l’est pas.

L’humanité a produit, échangé, construit, inventé, transmis, cultivé, soigné, créé et organisé des sociétés bien avant que l’emploi salarié devienne la forme dominante de participation économique. Et aujourd’hui encore, une quantité considérable d’activités indispensables ou utiles ne prend pas la forme d’un emploi : éducation des enfants, entraide, bénévolat, création libre, participation associative, production de connaissances, logiciels libres, engagement local, soin apporté à des proches, projets collectifs ou contribution aux communs.

La disparition d’un emploi ne correspond donc pas nécessairement à la disparition d’une activité. Elle signifie seulement qu’une activité déterminée n’a plus besoin d’être accomplie sous cette forme.

Cette distinction devient essentielle avec l’automatisation.

Lorsqu’une machine permet de produire autant avec moins de travail humain, nous obtenons objectivement un gain de productivité. Pourtant, dans une société où le revenu et la reconnaissance sociale dépendent principalement de l’emploi, cette amélioration technique peut être vécue comme une catastrophe : ce qui devrait libérer l’humain devient du chômage.

Nous nous trouvons alors devant un paradoxe. Nous inventons des machines précisément pour qu’elles effectuent à notre place ce qui exigeait auparavant notre temps et notre effort, puis nous nous inquiétons lorsque nous avons effectivement moins besoin de travailler.

Poussée jusqu’au bout, cette contradiction conduit même à rechercher la création d’emplois comme une finalité en elle-même. Une activité peut devenir souhaitable non parce qu’elle produit une richesse nécessaire, mais parce qu’elle permet de maintenir quelqu’un dans le mécanisme emploi-salaire. Au lieu de demander combien de travail est nécessaire pour produire ce dont la société a besoin, nous demandons comment produire suffisamment de travail pour que chacun en ait.

La transition sociétale inverse le raisonnement.

L’objectif n’est pas d’empêcher l’automatisation de supprimer certaines fonctions humaines mais d’organiser la société pour que leur disparition constitue réellement une libération. Cela suppose notamment que le revenu, la reconnaissance sociale et la possibilité de contribuer ne soient plus exclusivement conditionnés par l’occupation d’un emploi.

Une personne libérée de l’emploi ne devient pas pour autant oisive. Elle dispose au contraire d’une ressource aujourd’hui extrêmement contrainte : du temps. Ce temps peut être consacré à la formation, à la création, aux relations sociales, à la vie démocratique, à des projets économiques, à des activités associatives ou territoriales, à la recherche, à la culture, à l’entraide, à l’environnement ou simplement à toute activité qu’elle juge porteuse de sens.

Certaines de ces activités produisent directement une valeur marchande. D’autres génèrent une valeur sociale, environnementale, culturelle ou collective. La société industrielle reconnaît très imparfaitement ces dernières parce que son système comptable et son organisation du revenu restent largement structurés autour de la production marchande salariée.

La question n’est donc pas de savoir comment maintenir artificiellement l’emploi lorsque la technologie permet de s’en passer. Elle est de savoir comment permettre à chacun de demeurer économiquement actif et socialement intégré lorsque l’emploi cesse d’être la condition universelle de cette participation.

C’est ici qu’apparaît une distinction institutionnelle fondamentale entre le **droit au travail** et le **droit à l’activité économique**. Le premier correspondait à une société dans laquelle l’accès au travail constituait le moyen nécessaire d’accéder à la richesse. Le second correspond à une société capable de reconnaître des formes beaucoup plus diverses de participation à la création de valeur.

La fin progressive de l’emploi généralisé n’est donc ni la fin de l’économie, ni celle de l’utilité sociale, ni celle du lien entre les individus. Elle peut au contraire marquer le passage d’une société qui doit fournir du travail à chacun à une société qui donne à chacun les moyens d’agir.

Note

Relations conceptuelles

**S’appuie sur :** la distinction entre travail contraint, emploi salarié et activité humaine.

**Conduit à :** l’économie contributive et à la diversification des formes de revenu.

**Est rendu possible par :** l’automatisation, l’augmentation de la productivité et la substitution progressive de la machine aux tâches d’exécution.

**Réduit :** la nécessité de créer ou de préserver des emplois pour leur seule fonction de distribution du revenu.

**Permet :** une participation plus importante à la vie sociale, économique, démocratique et territoriale en libérant du temps humain.

**Entre en tension avec :** le droit au travail compris comme norme implicite d’une société dans laquelle chacun doit occuper un emploi pour justifier son accès au revenu.

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L’emploi est une institution historique, pas le synonyme de l’activité humaine : sa contraction peut libérer d’autres formes de participation.